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6 heures sur un quai souterrain de la gare de Lyon, les gueules tordues, la lie des villes sourit à la lumière des néons crasseux. La machine est arrêtée grâce à la volonté d’un groupe d’hommes comme eux. C’est trop de bonheur. Le géant déchaîné, la mécanique réglée, huilée, oppressive, ne fonctionne plus.
La joie, la liberté sur les visages. Et à chaque annonce triomphale de la grève par haut parleur, sur ce quai sale et laid, on frise l’orgasme.
On pourrait tout envoyer au diable, être libre, boire le coup et se laisser pousser la moustache. On batifolerait si il y avait des femmes. Bref, on reprend goût à la vie. On le sent, l’air sacré de la liberté, sur ce quai puant et gris.
Même les gueules les plus inhumaines semblent sympathiques, on veut des amis pour parler, on échange des clins d’oeil. Complices et en retard.
Parfois quand les bruits des rails se font entendre, quand le monstre nous rappelle qu’on n’en a pas encore fini avec lui, l’angoisse remonte. Et si c’était mon train ?
Mais finalement non, il ne viendra pas. On repartira vers un troquet, le clope au bec et la sacoche sur l’épaule, regarder Paris s’éveiller.
Laurent OZON
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