Ecologie urbaine ?

Publié le par Michel de Sablet


Les banlieues flambent, les systèmes de transports s'asphyxient.

L'exil des classes moyennes et populaires s'accélère hors des centres. Ceux-ci sont en voie de tertiairisation ou de touristification. Les mégapoles polluées et cahotiques sont frappées d'apoplexie. La ville va de plus en plus mal et elle représentera bientôt 80% de la population du globe. Ici et là, certains ne voient plus d'autres solutions que d'en détruire les parties les plus malades...

Mais à quoi bon détruire ces monstruosités si l'on n'a pas découvert les causes profondes du mal, les raisons qui ont permis le développement de ce cancer, afin de ne pas enfanter des monstruosités identiques sous d'autres habits ?

Depuis un demi siècle, la découverte de causes partielles, des démarches superficielles ne font même plus illusion face à une dégradation qui ira de plus en plus en s'aggravant.

Le diagnostic sérieux et les prescriptions pour la guérison prendront de plus en plus le goût de purges amères. C'est pourtant le ticket minimal à payer si nous voulons un jour cesser d'avoir mal à nos villes.Michel de Sablet, architecte, urbaniste et plasticien, prend la parole.



Contrairement à une confusion de vocabulaire qui réduit le terme écologie à tout ce qui est végétal (vert) ou naturel, l’écologie, du mot “Oïkos” (habitat) signifie l’étude des interactions entre l’homme et son habitat ou son environnement au sens large du terme.

 

 

L'abandon de la ville


Les luttes justifiées contre les destructions et outrances opérées par l’homme sur le milieu “naturel” ont fait qu’aux yeux des médias et du public l’écologie est devenue l’étude des destructions de l’homme sur la nature. Le béton et les pollutions sonores et chimiques étant devenus les symboles abhorrés de l’anti-nature, la ville n’est donc pas considérée ”naturelle”.

 

Ecologistes, bureaucrates ou lobbys industriels qui se sont emparés de l’”environnement” ont donc marginalisé les réflexions sur la ville, impure par nature, sauf pour protéger celle-ci des miasmes les plus facilement mesurables. Tout au plus s’accordent-ils tous pour considérer, les premiers avec enthousiasme et aveuglement, les autres avec condescendance, comme un os à ronger, que la végétation allait nous soigner des maladies urbaines. On peut ainsi, probablement, expliquer la faiblesse des programmes, analyses et écrits écologistes sur la ville.


On remarquera aussi que le fait que la ville soit essentiellement évolutive n’a pas favorisé l’intérêt de gens qui ont trop souvent tendance à considérer un écosystème comme un état statique. Comment dés lors accepter d’abandonner, ce qui constituera bientôt près de 80 % de la population mondiale, une population, dont le milieu, l’environnement “naturel”, le biotope, est précisément la ville ?

 

Une sorte de cordon sanitaire hygiénique et moral a été édifié autour de celle-ci: les décors bucoliques et esthétiques voisinant avec des technologies aseptiques sophystiquées. D’un côté des hygiénistes, de l’autre des intérêts financiers façonnant la ville selon leur logique, et protégés par des technocrates qui font de la Charte d’Athènes - toujours insidieusement en pratique - une justification claire et d’apparence rationnelle.

 

Le principal défaut de ces principes d’organisation de la ville est d’avoir simplifié de façon primaire le fonctionnement urbain sans considération pour sa complexité enchevêtrée et indissociable, organique en somme.

 

Pourtant, la ville est source de la civilisation. Sa complexité en fait la richesse. Son évolution historique est une marque de son dynamisme.

 

La non-culture urbaine


Tout autant que les écologistes, les intellectuels prenant part à cet abandon portent une lourde responsabilité dans la dévitalisation urbaine Mais n’est-on pas habitué depuis quelques décennies à les voir prendre toujours plusieurs trains de retard sur les réels enjeux de leur époque ?

Cette responsabilité est d’autant plus gênante que c’est aujourd’hui malgré tout sur les mouvements d’opinion dynamisés par les élites intellectuelles qu’il faut compter pour obliger les décideurs et “responsables” politiques de la cité à prendre en compte des phénomènes - ici les phénomènes urbains - qui leur échappent .

 

Le dernier avatar de la question urbaine, est illustré par l’idée que l’origine du mal urbain se trouve dans la question sociale, le sous-emploi, l’exclusion . C’est un travers idéologique et démagogique qui aboutit à laisser la ville se dépêtrer seule de ses problèmes, puisqu’on ne voit pas de solutions pour l’améliorer à partir d’une analyse de sa nature profonde, évidemment plus difficile.

Car, aujourd’hui, ce “cordon sanitaire idéologique” n’agit que sur le superficiel. Les litanies sur la spéculation immobilière et le profit sauvage laissent finalement le citadin démuni face aux déséquilibres que lui impose une ville façonnée par ces mécanismes essentiellement marchands. Car c’est bien parce qu’il y a aujourd’hui déséquilibre, et non parce que la ville est mauvaise, ou n’est plus” comme avant”, que le citadin s’y sent mal, proteste de façon désordonnée, sans véritable conscience des causes de son mal, et par conséquent des moyens pour y remédier.


Quels sont les éléments qui concourent aujourd’hui le plus clairement à créer des déséquilibres spectaculaires, dans des villes où l’on n'a plus le temps de corriger les imperfections entraînées par les constructions humaines ?


Elles n’ont plus le temps, non seulement parce que ces villes sont construites ou transformées avec une rapidité inexistante dans l’histoire sur une pareille échelle, mais également parce que des transformations technologiques, qui sont loin d’être négatives par elles-mêmes, transforment les relations de l’homme avec sa ville, et des citadins avec les autres, sans que les constructions y prennent une part essentielle. Le rôle de l’écologie urbaine est d’examiner comment fonctionnent ces déséquilibres. L’écologie urbaine appliquée tente de donner des réponses pratiques visant à favoriser de nouveaux équilibres par une façon différente de réaliser la ville. Quelques exemples parmi bien d’autres montrent la nature et la force de ces déséquilibres.


Les mécanismes du déclin relationnel


Autrefois les fontaines, abreuvoirs, bains publics et lavoirs constituaient, au-delà des nécessités fonctionnelles de la vie, des lieux de rencontres, d’échanges divers, des parties fortes de la sociabilité urbaine. Personne n’ira remettre en question les avantages offerts par l’introduction de l’eau courante dans les immeubles et qui ont rendu obsolète les fonctions sociales de ces équipements urbains.

Insidieusement, et comme naturellement, puisque la disparition de ces pratiques paraissait un progrès, seule a survécu la fontaine, mais comme simple objet de décor: bien souvent, celles qui ont pu être conservées ne coulent même plus. Les relations entre les utilisateurs, ont disparu avec la nécessité pratique de ces fontaines.

C’est un travers aujourd’hui courant de considérer ces relations comme secondaires par rapport aux fonctions utilitaires primaires que ces points d’eau assuraient. Seules les fonctions “gestuelles” ont été retenues par une pensée hâtivement qualifiée d’utilitariste. Pourtant, ces usages relationnels sont un des éléments fondamentaux de la vie collective ou communautaire urbaine. L’objet de l’écologie urbaine est aussi de rechercher, et de trouver comment de tels déficits relationnels, multipliés à l’infini dans la vie urbaine, peuvent être compensés.


L’envahissement automobile


L’envahissement automobile est un de ces phénomènes plus spectaculaires encore. Cet aspect spectaculaire n’a pourtant pas empêché, et n’empêche toujours pas chez trop de gens, une extraordinaire absence de critique des déséquilibres ainsi causés. La fascination pour le fantastique progrès que cela constitue par rapport aux déplacements à cheval, ainsi que la liberté et les facilités pratiques que cela offre, expliquent partiellement cet aveuglement obstiné et les excès destructifs que cela a causé à la vie urbaine. Les villes modernes ont été façonnées à partir de ces seuls progrès. Les villes anciennes ont été défoncées, disloquées pour favoriser cette explosion technologique. Il faut remarquer en passant que des exemples semblables avaient déjà été donnés au cours de l’histoire par les dislocations du tissu urbain traditionnel effectuées par les princes et privilégiés : roulant en carosse à grande vitesse pour l’époque, ils trouvaient déja malcommodes les rues tortueuses et étroites des villes anciennes.

Le succès de cette philosophie de la prééminence de cette apparente amélioration du fonctionnement méca-nique fut d’ailleurs tel qu’il a conduit aujourd’hui à sa propre asphyxie, s’ajoutant ainsi aux bruits, aux accidents mortels d’un nombre supérieur à bien des guerres, et à l’asphyxie chimique causés par les moteurs à explosion. Comment compenser l’étouffement de la sociabilité qui en résulte ? Comment permettre la renaissance des autres moyens de communications étouffés par la prise de pouvoir monopolistique du terrain par ces véhicules ?


Moins spectaculaire, mais des plus insidieux, et par là même peut-être encore plus grave dans une époque où n’existe que ce qui fait spectacle visuel, l’apparition de ces merveilleuses techno-logies que l’on amalgame aujourd’hui sous le nom d’informatique multimédias. On peut penser que le Minitel rose est un fantastique outil de communication.

Mais on peut aussi se demander si “faire l’amour par minitel” n’est pas plutôt un facteur de frustration supplémentaire plutôt qu’une réponse au déficit de communication et d’amour qui semble être la dominante de notre époque pourtant “placée sous le signe de la communication” ! Donc ce merveilleux engin qu’est la télévision contribue grandement à renfermer les gens chez eux dans une hypnose passive qui tue, non seulement toute relation hors de la boîte du foyer, mais aussi à l’intérieur du foyer, accentuant cette sorte de schyzophrénie que le psychiatre Alexander Mitscherlich constatait déja dans “la psychanalyse de l’urbanisme”, où tout ce qui était le monde extérieur au cocon du logis devenait ennemi.

Depuis, comment ne pas voir que l’apparition du surgelé diminue les occasions de sorties dans les rues commerçantes, surtout s’il est livré à domicile. Il s’ajoute aux pratiques d’achats groupés dans les supermarchés, dans les centres commerciaux anonymes, puis au téléachat et aux ventes par correspondance


Il est aujourd’hui possible de mener des affaires extrêmement importantes ou non depuis un local isolé en pleine campagne, mais bien informatisé et relié à des réseaux variés de communication, de travail, d’information ou de télé-conférences. Enfin, nous ne sommes pas loin de disposer de systèmes de simulations tactiles sensibles capables de nous donner les sensations les plus variées, “plus vraies et plus jouissives que nature” , mais seul dans son coin.


Ces transformations modifient les relations des citadins avec les autres dans les seuls espaces où peut se dérouler la vie collective de leur ville. Il est essentiel de se rappeler quelle est la vraie nature de cette ville, de se rappeler les conditions de l’équilibre de l’homme dans celle-ci. Nous sommes au coeur des questions qui se posent sur l’avenir de l’homme face au développement univoque du productivisme technologique et financier. Contrairement à ce que pensent des gens encore dominés par la critique marxiste (autre avatar du productivisme) et leurs alliés objectifs du capitalisme conquérant, nous sommes ici au coeur du débat qui, par ailleurs se focalise uniquement sur le chômage, la pollution, les déséquilibres Nord-Sud, l’exploitation et l’exclusion.


Le citadin voit ainsi se rétrécir comme une peau de chagrin le nombre d’occasions et de nécessités de se rendre dans la rue, l’espace public urbain. Par conséquent, puisque de moins en moins de gens y vont pour autre chose que pour se déplacer, ou admirer le décor publicitaire (“l’image de la ville”), les décideurs voient de moins en moins de raisons de s’y intéresser. Ils se contentent d’en faire un décor de théatre (mais pas trop pour ne pas distraire l’automobiliste !), désuet ou bucolique si possible, pour, croient-ils, compenser psychologiquement les effets d'un modernisme aseptisé. Et les citadins les moins à l’aise chez eux n’y voient plus que l’occasion de s’y défouler de leurs frustrations en cassant ou en y commettant des délits divers.

 

L'Espace Collectif, âme de la ville et lieu de l'équilibre urbain


Autrefois lieux de la vie collective urbaine, rues, places, abords d’immeubles, espaces verts, ce que les spécialistes appellent de façon générale l’espace collectif, marquant ainsi à la fois son unité organique et son caractère, perdent leur rôle fédérateur et communautaire. Les cités qui sont le plus soumises à ces mécanismes technologiques et sociaux n’ont pas la moindre idée de ce que veut dire cette vie collective; c’est le cas notamment des non-villes américaines; les technocrates, et leur clientèle, parmi lesquels les architectes, les ingénieurs de voiries, et, bien obligés, bien des “artistes urbains”, ont aujourd’hui oublié ce que signifie pratiquement cette vie collective et sociale, occupés qu’ils sont à rendre

visuellement acce-ptable cette dévita-lisation inscrite dans le béton.

Les écologistes n’ont pas pris garde que cette inscription dans le béton est infiniment plus dangereuse que bien des pollutions chimiques : on a pu réparer rapidement les dégats de ces dernières, dès l’instant que les mécanismes biologiques ont pu générer des anticorps. Quand le béton est là, et quand il est mal foutu, il risque bien de rester en place pour des siècles, aussi persistant que les déchets atomiques. Pire peut-être, puisqu’il imprime dans les âmes l’idée que ces errements sont une loi universelle et intangible. De ce point de vue, les européens et d’autres peuples qui vivent dans des cités façonnées au cours de l’histoire ont l’avantage, sur les habitants de cités récentes façonnées selon des principes destructeurs, de pouvoir sentir confusément, sinon de toujours comprendre, que les villes sont vraisemblablement autre chose que des logiques financières et technologiques développpées sans souci des autres critères de vie. Sans autre référent, les habitants des “non-villes” américaines, peuvent-ils imaginer une alternative ?

Car, cet espace public, les vies qui se déroulent dans les rues, les places, les parcs et les jardins, sont le poumon, l’AME DE LA VILLE, le sang qui doit l’irriguer, ce qui en façonne le caractère.

Ce ne sont pas les formes anciennes, impossibles d’ailleurs à copier correctement aujourd’hui, ni les architectures, qui font cette âme, mais tout ce qui permet aux citadins de se livrer à un certain nombre de comportements attachés à la vie humaine; plus ces comportements sont variés, plus la vie urbaine est riche, et façonne une personnalité qui fait qu’une ville n’est plus un accolage d’objets, de boîtes à usages monovalents, et trouve ainsi sa nature comme sa justification de

source de civilisation. Que ces “boîtes” permettent des relations sociales (clubs de rencontre ou maisons de jeunes), ou soient bien reliées entre elles par des réseaux circulatoires convenables (l’idéal

urbain libéral), ne contribue pas à faire des villes

Ce qui fait la ville, c’est la capacité de permettre la satisfaction intimement enchevêtrée, de ces d’aspirations ou de besoins sensoriels ou psychologiques. C’est aussi son désordre apparemment, puisque chacune de ces aspirations ne se déroule pas dans son coin, qui fait son charme, qui fait que la ville est un lieu de liberté : ainsi entendre des sons ou pouvoir s’en protéger, sentir les odeurs (fleurs, boulangerie) ou s’en protéger (voitures), trouver la fraicheur de l’eau ou à l’ombre des arbres, ou la chaleur d’une place au soleil, rêver, regarder, lire, manger, être surpris étonné, intéressé, regarder les autres et les choses; comment pouvoir faire tout cela, choisir tout cela à chaque instant, si chacun le fait à une place affectée, séparée des autres ?

C’est aussi , denrée devenue aujourdhui la plus rare sur la place publique (!), rencontrer les autres, discuter, jouer, apprendre, parader, revendiquer, draguer, des connus ou des inconnus, seul, à deux ou à plusieurs dans les positions les plus variées, et non pas toujours en étant isolé sur un banc l’un à côté de l’autre, banc lui-même aligné de façon répétitive et monotone à côté des autres.

C’est encore échanger des informations, des activités économiques ou des denrées (magasins, échoppes, marchands ambulants), et enfin, ce qui est l’activité la plus communément proposée, se déplacer, la voiture étant le moyen le plus favorisé.

Il est primordial de remarquer, qu’à la différence des locaux où se déroule également une vie collective (écoles, stades, restaurants, cinémas, administra-tions, etc..), mais dont les fonctions sont généralement très étroitement limitées, la vie collective des espaces publics urbains présente la particularité de ne pouvoir assigner aux usagers d’autres règles d’utilisation que celles dictées par la bienséance et la sécurité. La vie collective des espaces publics est fondamentalement un ESPACE de VIE en LIBERTE. Cette liberté est déterminée par les choix qui sont offerts aux citadins à se livrer à ces divers comportements. C’est le mélange complexe de ces divers comportements qui tisse la trame du ciment psychologique qu’est cet espace public, pour une cité. Et ce ciment est d’autant plus fort que tous peuvent s’y reconnaître dans une diversité qui ne contraint pas les autres, ou d’autant moins fort que chacun s’y sentira “obligé” à avoir un comportement déterminé, au moins par absence de choix.

En effet, contrairement à ce que professent certains professionnels qui marchent sur la tête, une grande dalle vide ne laisse aucune liberté. Qu’est-il possible d’y faire d’autre que de la traverser en hâte, d’y faire du patin à roulettes, et dans le moins mauvais des cas de contempler avec plus ou moins d’enthousiasme les façades des bâtiments qui la cernent ? Quelle liberté y trouve une personne âgée qui voudrait s’y reposer ou des personnes qui voudraient profiter de tant de place pour bavarder tranquillement ou y lire ?

Qui aura envie d’y venir ? L’absence ne crée aucune liberté, comme on peut relativement la trouver dans un appartement vide, qu’on a liberté d’aménager selon ses envies. Pour faire un espace urbain, pour donner de la personnalité à une ville, il ne suffit évidemment pas plus de faire des “reconquêtes piétonnes” en chassant les voitures d’espaces aujourd’hui livrés aux initiatives privées et au développement inconsidéré des terrasses de cafés et des étals de commerces envahissants, seules “animations “ de voiries piétonnes touristiques semblables les unes aux autres. Laisser-faire général plus ou moins décoré d’enluminures modernistes, mais qui a pour propriété commune de ne pas se préoccuper de déterminer les axes du rôle double de l’espace public d’aujourd’hui :


Favoriser une vie extérieure aux bâtiments qui rassemble les citadins dans une vision, et des sensations communes de leur ville, et être ainsi aujourd’hui un lieu plus fondamental encore aujourd’hui qu’hier de compensation de l’isolement dans lequel les individus sont de plus en plus enfermés par certains aspects de l’évolution technologique.


Les potions dérisoires


Dès lors, comment ne pas être affligé par les dérisoires mesures qui sont prises par les concepteurs, et les décideurs pour “améliorer” la ville? Améliorer quoi, d’ailleurs, si une ville n’est pas considérée comme un organisme vivant mais comme l’occasion de rentabiliser des investissements, ou de semer ça et là quelques décorations et quelques phantasmes nostalgiques supposés ancrer la ville d’aujourd’hui dans des symboles superficiels et morts ? Les symboles d’aujourd’hui ne sont plus du tout des “monuments” à voir, mais des pratiques sociales. A moins qu’on ne trouve des objets monumentaux qui figurent la spéculation financière en temps réel, la consommation touristique, ou la communication virtuelle !

En ces temps de crise, la pratique la plus courante consiste évidemment à considérer que l’espace public est de l’argent perdu. Le mieux serait de se contenter de dérouler sur les trottoirs des rubans d’asphalte noir. Tout le reste ne serait que niaiseries aux relents sociologiques .Le réalisme économique et le souci de préserver les électeurs de dépenses peu populaires , dissuaderait bien les bons gestionnaires urbains de mettre de l’argent dans le futile ( c’est-à-dire tout ce qui n’est pas uniquement circulation d’une boîte architecturale à un autre).

Après s’être livré dans les années de la reconstruction aux errements conceptuels que l’on connait, et que l’on met aujourd’hui sur le compte de l’urgence et de la survie, voilà qu’on recommence sur un terrain un peu différent, l’espace public. Les conséquences pourtant visiblement désastreuses n’ont donc pas servi de leçon à ces “responsables” à la vue des plus courtes, qui disposent de la ville comme d’une épicerie. Il est vrai que les leçons de l’holocauste n’ont guère servi à éviter la servilité devant les impérialismes idéologiques sanguinaires qui lui ont succédé, avec des techniques améliorées !

Autre démagogie, issue de ce dernier impérialisme idéologique, le discours social prend la tête de la désertion du terrain urbain. La ville n’irait mal qu’à cause de la pauvreté, de l’exclusion, du racisme, du chômage, de l’acculturation.


Singulier aveuglement qui, après avoir réduit la ville à des formes, et non à des mécanismes de vie, déclare donc que les formes urbaines ne sont pas des effecteurs sociaux. Cela est certainement vrai pour l’art public ou pour l’architecture, mais ne l’est plus si l’on étudie les rapports simples entre le choix des composants urbains et de leurs dispositions réci-proques dans l’espace urbain. En somme, si l’on est pauvre, peu importe de n’avoir pas de chaises ni de tables pour vivre dans son pauvre logis, peu importe si le logis est un capharnaum dans lequel il faut passer par les toilettes pour entrer dans la cuisine, puis traverser la chambre à coucher pour entrer dans la salle à manger!


l'incompétence urbanistique


Car est-ce autrement que l’on réalise des espaces publics?

Les mobiliers sont réduits à quelques bancs et bacs à plantes mis n’importe où, les aires de jeux se trouvent au Nord loin des cheminenements courants et les parkings bouchent les entrées du logement. Des sommes énormes sont aujourd’hui transférées de la ville vers une distribution

généreuse mais à fonds perdus, vers des associations et des actions “sociales” qui ont le mérite provisoire et non dépourvu d’intentions électorales, de calmer ici ou là, et très provisoirement des incendies allumés par le déséquilibre urbain. Ceci n’a pas plus de rapport direct avec la question urbaine à proprement parler que l’outil de l’écrivain n’a à voir avec la qualité de son texte: ce n’est pas faire avancer la littérature que de changer le stylo par l’ordinateur.


La ville simulacre


Comment qualifier enfin ces pauvres obsessions qui font planter ici ou là des théatres de verdure, des squares classiques vidés de tout ce qui auparavant en faisait la vie, quelques lampadaires de style (dérisoires casseroles aux lumières blafardes), des kiosques à musique censés apporter une note de poésie à des villes inhumaines, ou des architectures fagotées de colonnes classiques censées apporter au peuple la magnificence des châteaux d’une époque fort peu républicaine et en tous cas révolue ? Il n’y manque guère que l’installation de terrains de croquet et l’obligation de circuler en crinolines dans ces nouveaux espaces de parade nostalgique.

Comment se fait-il que l’on se soit si peu rendu compte que, non seulement la ville a été dépossédée de sa vie relationnelle, mais que les pratiques sociales et culturelles ne laissent plus la moindre chance à de tels équipements de donner lieu à des usages vivants correspondant à des attentes contem-poraines ?

L’industrie du disque et de l’audiovisuel ne donne plus la possibilité d’espérer voir les foules se réunir pour écouter une fois par an des orphéons improbables posés sous les toitures de ces kiosques, pas plus que les hypothétiques représentations dans de bucoliques amphithéatres, signes muséographiques de pratiques et d’habitudes anciennes ; non plus que la pratique des sports et des loisirs ne peut se satisfaire seulement de stades onéreux, éloignés des lieux de vie quotidiens, soumis à règlements stricts et, plutôt réservés à la compétition.


L'alternative relationnelle


Ainsi se précise la double vocation de l’écologie urbaine :


- Faire de l’espace public urbain le lieu essentiel de la sociabilisation urbaine, le lieu compensateur de l’isolement de chacun dans une série de “bulles” ou de boîtes architecturales affectées à des usages sommaires et précis, reliées entre elles par des tuyaux circulatoires.


- Rechercher les nouveaux types d’équipements et de dispositions relatives entre eux capables de générer les comportements les plus variés et susceptibles de répondre aux aspirations des citadins du XXI°siècle.


Elle y parviendra par une double démarche née de ce que nous appelons :


L'étude comportementale urbaine appliquée


Celle-ci consiste à :


- Observer les comportements des usagers dans les espaces publics encore un peu vivants, et en tirer suffisamment d’enseignements de façon empirique pour trouver des nouvelles formes d’aménagements générateurs de la plus grande richesse de comportements possibles .


- Etudier les tendances, les aspirations nouvelles qui amèneront à penser d’autres types de relations, de localisations et de fonctionnements entre les équipements que cela suggère et la ville.


Il ne s’agit évidemment pas de supprimer l’ordinateur, le surgelé la télévision ou l’automobile pour retourner à un âge d’or urbain... d’un autre âge, et qui n’a d’ailleurs jamais existé. Dans certains cas il peut s’agir de remettre certains abus de pouvoir à leur place (automobile au détriment des transports en commun , du vélo, des piétons, etc..centres commerciaux en boîtes isolées et décentrées au détriment d’autres formes commerciales plus relationnelles, ...). Peut-être même, sur ce dernier point s’agira-t-il de revoir les heures d’ouvertures permises, plus seulement en fonction de la protection sociale, mais aussi de la capacité de certains d’entre eux à vitaliser la ville.


Il ne s’agit pas là de défendre le petit commerce contre les affreux centres commerciaux, mais de voir selon quelles formes de relations avec l’espace urbain les implantations commerciales sont ou non favorables à la meilleure vie urbaine.

 

L’écologie urbaine commencera évidemment par poser plus de questions qu’il ne trouvera de solutions immédiates. De ce point de vue, elle aura des points communs et des méthodes d’investigation qui pourront sembler proches de la sociologie. Mais le grand défaut de cette technique est de fournir un simple état des lieux sans autre perspective que d’insister sur certains constats, au lieu de proposer des actes créateurs basés sur une connaissance des mécanismes relationnels dynamiques de la vie urbaine. L’écologie urbaine, elle, est d’abord dynamique. Quelques exemples, quelques pistes, montrent que, malgré nos connaissances encore embryonnaires, des voies pratiques se dégagent dès à présent :


l'éthologie urbaine


LNous avons observé les choix que font les gens au jardin du Luxembourg à Paris pour placer des éléments aussi simples que les sièges à leur disposition. Les usages et les relations qui en découlent, donnent déja une beaucoup d’indications sur les dispositions que l’on pourrait faire de bancs, sièges, tabourets, chaise-longues, tables,etc... dans les espaces publics. Il est intéressant de constater qu’ils ne les disposent JAMAIS spontanément comme le leur imposent systématiquement les concepteurs d’espaces publics dans les rues et places, c’est-à-dire alignés géométriquement, en carré, en rond ou en file indienne. La multiplication de telles observations dans les espaces plus ou moins aménagés des cités du monde entier avec des composants urbains plus complexes, nous donnent déjà un ensemble de connaissances suffisamment riche pour réaliser avec un taux d’erreur très faible et au contraire un taux de prévisibilité très fort des aménagements qui “marchent” , c’est-à-dire qui génèrent un indice de richesse comportementale élevé qui tranche avec les équipements, ou les assainissements de voirie que sont trop souvent les espaces publics de ces dernières décennies.


De nombreuses autres observations sont déjà faites sur les comportements des adolescents, et si l’on voulait bien en tenir compte, bien des ennuis seraient évités dans les quartiers dégradés. On sait , par exemple que le jeu ne se réduit pas aux jeux d’enfants parqués dans des aires, elles-mêmes souvent parquées dans des espaces verts enclos.


De nombreuses observations ont été également faites sur les rapports entre les commerces , la vie de l’espace public et les aménagements qu’il serait convenable de faire aux abords de ceux-ci pour qu’ils se renforcent les uns les autres et dynamisent la vie urbaine au lieu de transformer les rues piétonnes et commerçantes en centres commerciaux à ciel ouvert pour activités particulièrement rentables. Certaines applications sont pour le moment plus difficiles à mettre en pratique dans ce domaine, car elles obligent à aller plus loin que de faire réaliser des plans par des entreprises. Des mesures sont à prendre visant à considérer les implantations commerciales, artisa-nales, culturelles, de loisirs, et de services comme d’utilité publique avec les contraintes règlementaires et les incitations nécessaires . Elles dépassent les simples plans de concepteurs et demandent une implication très forte de la part des décideurs. Elles n’ont rien d’exceptionnel. Il suffit de mettre en place des mécanismes qui s’aparentent aux opérations concertées d’aménagement et aux principes des déclarations d’utilité publique aujourd’hui classiques en urbanisme.

 

Cela demande évidemment à réfléchir plus sérieusement sur les dommages créés par les grandes surfaces commerciales excentrées, comme de centres ville, boîtes isolées de la vie urbaine.

 

Cela demande de réfléchir également sur divers types de décisions urbaines qui ne sont pas vraiment discutées sérieusement aujourd’hui : intérêt et transformation des dalles uniquement conçues pour séparer piétons et circulation automobile, ce qui n’est certes pas une panacée, ou formes que doit revêtir l’introduction du végétal en ville: l’espace vert n’est pas l’espace idyllique que l’on continue à rêver. Il est même trop souvent un trou de vitalité dans l’espace urbain, parfois même un lieu d’agressions et de dangers non négligeables.

 

L’écologie urbaine pose la question de l’opportunité de certains équipements installés en certains endroits simplement parce que l’on y dispose de la surface pour placer un équipement nécessaire, en négligeant les conséquences que cela peut avoir sur les déplacements de flux urbains vitaux, et parfois sur la dispersion des points d’attraction d’une ville Elle pose également la question de la forme de ces équipements polarisants dans leur capacité à dynamiser les rues qui y mènent ou au contraire à créer des vides dans la continuité urbaine.


L’écologie urbaine se demande si la pratique du sport et des loisirs sportifs en ville ne passe pas par la création d’une myriade de spots sportifs ouverts, plutôt que par la seule création d’enclos sportifs étroitement codifiés. Elle se demande également, si, comme les jeux, ces équipements sportifs seront utiles tant qu’ils ne seront pas intégrés dans une série de composants qui sont indispensables à une pratique attractive (fontaines pour boire, sièges pour regarder, lumières pour jouer la nuit, abris pour attendre et poser ses affaires en cas de mauvais temps, etc..).

L’écologie urbaine se demande si les pistes cyclables, considérées comme une des alternatives à la seule pratique des déplacements automobiles, doivent être de nouvelles voiries spécialisées pour cyclistes ou doivent être des “parcours cyclables” réintégrées dans un ensemble d’espaces aménagés non automobiles, semés d’étapes faites de lieux offrant des comportements variés.

 

La mise en scène de l'espace par les usagers (ci-contre, les jardins du Luxembourg), contredit souvent les dispositions offertes par les aménageurs. (ci-dessus).



Dans de nombreux cas, poser les questions, c’est déjà avoir des réponses, en l’état de nos connaissances; dans d’autres cas, c’est un long travail d’analyse, de propositions, et de mesures propres à les mettre en oeuvre reste à faire. Parmi ces réflexions, la question de la compétence des concepteurs aptes à traiter ces problèmes est fondamentale, donc celle des décideurs appelés à déterminer les critères de choix, ainsi que les procédures pour les déceler. Aujourd’hui, il faut bien dire que personne de ceux qui font la ville ne se les pose, ou s’il se les pose, c’est avec une telle pudeur que rien n’en transparait pour les autres et cela ne se traduit pas dans le concret en tous cas.

 


Indifférence ou hostilité


Pourquoi l’aménagement des espaces publics ainsi fondés sur les etudes comportementales urbaines, et à la base de ce que nous nommons l’URBANISME RELATIONNEL (voir le “Manifeste de l’Urbanisme relationnel), a le plus grand mal à être mis en pratique, malgré les pistes et les applications évidentes dont il fait la preuve ? Certaines raisons ont déjà été effleurées précédemment. Citons les plus affirmées :


-Ceux qui font l’urbanisme aujourd’hui, sont fort peu les urbanistes, les architectes ou même les décideurs. C’est le monde financier et des affaires. Par nature, ils cherchent à optimiser au plus vite chaque petit secteur d’activités qui est entre leurs mains. Si aucune force d’inspiration collective ne vient soumettre les conditions du profit maximal que ces agents économiques cherchent à obtenir, quel intérêt y a-t-il pour eux à améliorer des espaces qui ne leur rapportent rien ? L’urbanisme est donc au coeur d’un problème classique et majeur de société : où se situe l’équilibre entre la liberté et la nécessité de favoriser les dynamismes individuels, tout en créant une dynamique collective basée sur une philosophie communément partagée et nécessitant des contraintes d’intérêt public. Le déséquilibre est aujourd’hui manifeste. La ville se fabrique aujourd’hui comme si l’élaboration d’une maison pouvait être la somme des interventions désordonnées de chaque corps de métier : la ville ne peut être la somme des intérêts individuels de ses utilisateurs et de ses acteurs. Quelques uns ont voulu mettre un peu d’ordre dans l’inorganisation qui préludait à la fabrication des villes avant le saut quantitatif qui a commencé avec la révolution machiniste et le productivisme, aggravée par les débordements démographiques. On a cherché à classer plus proprement certaines des activités les plus “évidentes”. C’est la charte d’Athènes qui ne fait que donner une apparence de logique à ce productivisme et en assied donc plus durablement le pouvoir. C’est cette classification qui fait éclater l’espace public en de multiples domaines ou hiérarchies qui travaillent chacun dans leur coin sans réflexion ni action globale : voirie, espaces verts, mobilier urbain, art public, éclairage, signalisation, police, service des eaux, entretien, territoires municipaux, étatiques, communautaires (communautés urbaines), ministères et missions diverses qui se succèdent au gré des changements de gouvernements. La ville est construite comme un ensemble de maisons qui seraient constituées de tours de salles de bains, puis de chambres à coucher, à côté de tours de cuisines, puis de WC ,etc.. le tout relié par des tuyaux qui assurent les fonctionnalités mécaniques principales. C’est l’ordre urbain actuel issu du marché , et mis en oeuvre par quelques suiveurs de dossiers d’opérations.


- La puissance publique ne joue guère son rôle. Sans philosophie urbaine, désorientés de voir que les quelques potions magiques du moment ne fonctionnent pas, les élus font de temps à autre appel à quelques “sorciers” ,qui, par quelques mots magiques, une bonne technique de communication comme on dit, (pour leur carrière, pas celle dont nous parlons pour les gens !), et de solides alliances politiques , s’offrent à sauver la ville. Le soufflé s’effondre très vite.

Plus grave, l’élu a été doté avec la décentralisation d’un pouvoir quasi féodal. Quelques publicitaires bien intentionnés et à la recherche de nouveaux terrains d’influence et de profits, ont montré à certains, sous couvert de lutte économique avec d’autres cités, que l’espace urbain pouvait leur servir individuellement d’image pour asseoir leur pouvoir personnel. L’espace théoriquement public a ainsi été réintégré de façon détournée dans la logique du profit pour particuliers, sans que cela se traduise le moins du monde par des améliorations pratiques pour les citadins. La société du simulacre qui dirige aujourd’hui à peu près tout, a investi un secteur qui lui échappait encore, et conforte de façon enfin “rentable” les tendances marquées de notre fausse culture urbaine à considérer la ville comme une accumulation de décors. Le marché de l’art n’a pas laissé passer cette occasion de sortir des galeries, on en voit les dégats dans la politique des grands travaux, comme dans les “aménagements” du Palais Royal, ou l’axe majeur de Cergy Pontoise, pour ne citer que les plus médiatisés en France à ce jour. Un des handicaps de l’espace public à passer dans les médias pour faute de vie quotidienne ne faisant pas événement, vient enfin de trouver un moyen de faire publicité, mais en y perdant son sens. Aucune ligue de consommateurs ne semble intéressée à combattre cette dénaturation comme des ligues de vertu combattent la pornographie publicitaire ou la dégradation de l’image de la femme traitée comme un objet par les publicitaires.

Ce déraillage s’apparente absolument au "détournement de fonds publics pour l’intérêt personnel". Et on a atteint un degré de manipulations qui fait que les élus paraissent agir comme s’ils ne voulaient pas réussir les espaces urbains pour des raisons stratégiques électorales : rater un aménagement permet à peu de frais de faire semblant d’améliorer avec une fois, la plantation de quelques arbres, l’élection suivante le changement des lampadaires par de nouveaux plus “beaux”, le coup d’après par l’installation de quelques bancs ou jeux , puis un jour, comme tout cela ne marche pas, et qu’on a oublié qui est à l’origine de ces replâtrages sur un terrain anémié, on casse et on recommence. Ce n’est peut-être pas conscient chez chacun d’eux, mais tout se passe “comme si”!

Chez les moins malhonnêtes et les moins incompétents, on assiste à des mécanismes mentaux qui sont probablement dûs aux statégies de prise et de conservation du pouvoir. Ou bien, l’on demande aux gens ce qu’ils veulent, consultations, participations, enquêtes de sociologues. Comme si les malades devaient donner les ordonnances au médecin de la collectivité, laquelle choisirait inéluctablement le médicament le moins cher pour ses finances. Seules les études comportementales peuvent fonder solidement la connaissance de ce qui est souhaitable pour que la ville malade fonctionne mieux.

 

Un autre travers qui est souvent la continuation du précédent consiste à fonder une décision urbaine sur un consensus majoritaire basé sur la négociation , le compromis et l’idée d’une sorte de contrat d’adhésion semblable à celui d’un vote ou d’un traité qui engage chaque membre de la collectivité. Ainsi, pour contenter ceux qui veulent vivre la ville dans le calme, et ceux qui la veulent dans l’animation, le compromis majoritaire mène à réaliser un espace à moitié calme et à moitié bruyant, mécontentant tout le monde et parfois les mêmes personnes car celle-ci peut avoir envie des deux types d’ambiance, mais à des moments différents. Enfin, aucun “contrat” ne reliera jamais les comportements multiples des citadins, qu’un vote, simpliste par essence, serait tenté de “verrouiller” par logique démocratique. L’espace public ne fonctionne que lorsque sont satisfaits les multiples comportements minoritaires qui en font la vie, logique sans rapport avec un vote ou une somme d’opinions quelconques .

Dernière déviance enfin, pour en finir avec quelques pratiques décisionnelles, celle qui consiste à se soumettre aux pressions de certaines personnes ou groupes minoritaires pour déplacer ici un banc sur lesquels dorment les clochards, pour les faire remettre plus tard sous la pression de gens qui veulent pouvoir attendre, par exemple, à la sortie des écoles. Les travaux de Sisyphe appliqués au niveau urbain.

Devant ces fonctionnements, il n’existe aujourd’hui aucun groupe de pression ou représentatif qui puisse défendre la problématique urbaine. Ce ne sont évidemment pas les syndicats professionnels des métiers du bâtiment qui pourraient prétendre à cette légitimité. Les pistes ouvertes par la réflexion écologique et comportementale ouvre des pistes certes balbutiantes sur certains aspects, mais parfaitement rentables dans d’autres cas. Qui voudra bien se servir de cet outil pratique extrêmement riche à leur disposition?

Michel de Sablet

 

Bibliographie non exhaustive de l'auteur :


Manifeste de l'urbanisme relationnel, chez l'auteur (19, rue du docteur Finlay, 75019 Paris),1991.


Des espaces urbains agréables à vivre, éditions du Moniteur, Paris, 1990.


On trouvera ci-dessous, les articles de réflexion les plus marquants sur ce sujet, réalisés par Michel de Sablet.


-l'espace libre urbain, (chez l'auteur), (5p).


-Le drame des grands ensembles, (2p).


-La grande provocation américaine, (4p).


-Rues piétonnes, mode ou alibi?, (4p).


-Espaces verts, pour quoi faire ?, (6p).


-Loisirs parqués pour rire au U.S.A., (5p).


-Vers une signalétique urbaine moderne, (5p).


-La participation à la trappe ?; (6p).


-La longue marche de l'unité voisinale, (7p).


-Une autre façon d'habiter, (5p).


-L'art contre la ville, (5p).


-Rendre l'eau aux citadins, (6p).


-La couleur dans l'espace urbain, (7p).


etc.




Publié dans Analyses

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laurent ozon 05/03/2006 04:19

Le béton et les pollutions sonores et chimiques étant devenus les symboles abhorrés de l’anti-nature, la ville n’est donc pas considérée ”naturelle”.  dixit de Sablet
 Soit vous ne savez pas lire soit vous n'y comprenez rien ...

Yvan 04/03/2006 18:08

... de la campagne s'opposait à la ville démoniaque. C'est la version religieuse de la bible . Pour un blog qui se veut critique (voir anti chrétien ) on retombe dans les mêmes clichés roussauistes éculés.

Yvan 04/03/2006 18:05

C'est une vision New Age assez pathétique. Comme si la nature bonne de la
http://parti-de-la-decroissance.over-blog.com